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Le blog de hubertherve75

ARGUMENT pour la soutenance de thèse de PSYCHOLOGIE DE Maico COSTA «  La clinique de l’urgence et les entretiens préliminaires », le 24 septembre 2021

26 Septembre 2021 , Rédigé par Hubertherve75

 

ARGUMENT  pour la soutenance de thèse de PSYCHOLOGIE DE  Maico COSTA «  La clinique de l’urgence et les entretiens préliminaires », le 24 septembre 2021.

 

J'ai eu l'honneur d'être membre du jury de la soutenance de thèse de PSYCHOLOGIE DE  Maico COSTA «  La clinique de l’urgence et les entretiens préliminaires », le 24 septembre 2021 ainsi qu'en témoigne l'annonce suivante.

Cela a été un grand plaisir de partager les réflexions  dans ce contexte exclusivement brésilien en dehors de ma participation. 

a Defesa da Tese de Doutorado em Psicologia de Maico Fernando Costa, cujo trabalho se denomina A CLÍNICA DA URGÊNCIA E O PRELÚDIO ÀS ENTREVISTAS PRELIMINARES: uma práxis entre a luta de classes e as formações do inconsciente, será realizada no dia 24 de setembro de 2021, às 13:30 horas, no(a) Sala Virtual.
 
A Comissão Examinadora será composta pelos seguintes membros:

TITULARES
1. Prof. Dr. GUSTAVO HENRIQUE DIONISIO (Orientador - Participação Virtual)
Departamento de Psicologia Clínica / UNESP/Assis
2. Profa. Dra. MARIA CRISTINA CANDAL POLI (Participação Virtual)
Instituto de Psicologia / Universidade Federal do Rio de Janeiro/RJ
3. Profa. Dra. ANA LAURA PRATES PACHECO (Participação Virtual)
LABEURB / UNICAMP/Campinas
4. Prof. Dr. SILVIO JOSÉ BENELLI (Participação Virtual)
Departamento de Psicologia Clínica / UNESP/Assis
5. Prof. Dr. HERVÉ HUBERT (Participação Virtual)
Fondation Élan Retrouvé Paris - Paris/França
SUPLENTES
1. Profa. Dra. EMÍLIA ESTIVALET BROIDE
USP/São Paulo
2. Profa. Dra. TEREZA ETSUKO DA COSTA ROSA
Instituto de Saúde / Secretaria de Estado da Saúde de São Paulo
3. Prof. Dr. IVAN RAMOS ESTEVÃO
USP/São Paulo

Le texte qui suit s'inscrit donc dans ce contexte de soutenance universitaire et le thème développé par Maico Costa, membre de l'APPS, "le dispositif intercesseur" interpelle quant à la perception française de la psychiatrie aujourd'hui. Un débat s'ouvre et nous serons heureux de proposer un échange avec Maico Costa prochainement lors des ateliers du mardi soirhttps://www.apps-psychanalyse-sociale.com/les-ateliers

J’ai découvert grâce à la thèse de Maico Costa l’importance du mouvement intercesseur en psychiatrie au Brésil.
Cette thèse est un apport précieux pour tout travailleur de la santé mentale qui veut changer la réalité des pratiques envers les besoins exprimés d’une souffrance dans le mental. 

C’est un apport précieux et précis qui permet de prendre comme fondement pratique et théorique, la base dans laquelle s’exprime la souffrance dans le mental et la base de la réponse dans le domaine de santé dominant, le mode de production capitaliste avec  ses conséquences, son incidence sur les rapports sociaux. 

Il s’agit dans cette proposition de s’organiser pour réfléchir, pour construire un projet de transformation de la vie sociale dans le contexte du traitement d’une souffrance mentale. Ce projet nécessite en tant qu’intercesseur de contester le mode de travail influencé par le capital, et au moyen de cette critique, il s’agit bien de produire une autre façon de faire mouvement, mettre en place un autre dispositif pour travailler avec une autre éthique que celle du Capital. 

 

L’enjeu de cette théorisation concerne donc l’émancipation humaine. Il s’agit de changer le sort des gens qui souffrent dans leur mental d’une situation sociale d’exploitation et par ce processus intercesseur de se donner les moyens de faire autrement que ce qui s’est fait dans l’histoire des politiques de santé mentale. 

Cette thèse marque la nécessité de produire un autre rapport entre la psychiatrie et le peuple, les gens du commun, les gens ordinaires, la classe ouvrière. Il s’agit de produire dans le concret cet autre rapport sinon les aides s’inscriront toujours dans le maintien de rapports d’exclusion sociale et politique. 

Pour cela il convient donc de rendre populaire cet outil d’intercesseur qui est aux antipodes d’une fonction de gestion plus ou moins humanisée ou déshumanisée gouvernée par la dominance du principe de rejet ou d’exclusion. 

La médecine classique, la psychiatrie classique, la psychologie classique, la psychanalyse classique restent enfermés dans cette dernière option.
Je rappellerai le travail important du philosophe Georges Canguilhem sur les questions médicales. Médecin ayant fait acte de résistance contre la barbarie nazie, il souligne un point qui fait directement écho à la problématique d’exclusion sociale avec cette phrase : « Par une altération lente du sens de ses objectifs la médecine, de réponse à un appel qu’elle était primitivement, est devenue obéissance à une exigence. Ainsi, la médecine qui est primitivement réponse à un appel émanant d’une personne singulière s’est trouvée déviée par ce qui est devenu obéissance à l’exigence des normes et des protocoles » Ce qui est affirmé par Georges Canguilhem concerne tous les champs de la médecine et a des conséquences qui peuvent être catastrophiques pour la santé des individus dans les différents champs de la pratique médicale. Cela est encore plus prégnant en psychiatrie. L’exigence soulignée par Georges Canghuilhem peut être précisée par l’apport de la thèse de Maico Costa : il s’agit de l’exigence de la Dictature du Capital et des effets du mode de production capitaliste. Et ce fait très important est trop souvent oublié ou banalisé.

Il s’agit donc,  au contraire de cette exigence, de partir de la souffrance mentale et de sa base qui est toujours sociale. Seule manière d’axer notre travail sur « la reconnaissance du droit de cité à toute parole disant la folie d’un monde dérangé par les dérangements qu’il engendre » ainsi que l’écrivait le psychiatre désaliéniste marxiste français Lucien Bonnafé, en 1947. Je reprendrais dans cet exposé quelques citations données par Lucien Bonnafé qui m’ont orienté dès le début de mon travail dans le domaine de la santé mentale. Ce militant marqué par l’extermination de 40 000 « fous » et « folles » dans les hopitaux psychiatriques français morts de faim et de froid entre 1940 et 1945 avait pris la direction de l’Hôpital de Saint-Alban qui était un haut lieu de la résistance psychiatrique où sont venus le réfugié catalan Tosquelles, Canguilhem ou encore le poète Paul Eluard. Pendant ce même temps, les observations psychiatriques des hopitaux psychiatriques classiques notaient pour les patients mourant de faim : « cueille de l’herbe pour la manger la nuit » ou encore « mange des détritus », signes évocateurs de schizophrénie,  sans faire référence au meurtre commis par  l’existence des conditions sociales. Et là se trouve un point essentiel à savoir la présence du meurtre social qui est au centre de la souffrance psychique et totalement ignoré par la psychiatrie classique, la psychologie classique ou la psychanalyse classique.

L’outil du processus intercesseur a donc l’avantage certain de nous fournir les outils d’analyse pour contrer cette politique toujours aussi meurtrière. L’avantage du dispositif est également de proposer autre chose que de l’unicité et le transfert vers le Un. Cela est le produit de la multiplicité des intervenants. L’autre avantage est également la transdisciplinarité qui confronte différentes, pratiques, différents points de vue. Et là encore nous retrouvons l’avantage du multiple. Cette façon est certainement une brèche qui fonctionne en tant que telle dans le système dominant  et ses effets pratiques. 

Là encore je peux citer Lucien Bonnafé : il s’agit de « Prendre le contre-pied des attitudes encore dominantes selon lesquelles le principe et la dominante de la réflexion, du discours et de la pratique ne sont pas l’autre, la demande, le besoin ou l’usager mais soi-même et les systèmes idéologiques et institutionnels dans lesquels on est investi ». Il évoque également la nécessité « d’examen critique, sans borne ni retenue, de tout le champ idéologique dans lequel s’enracine tout principe discriminatoire ou ségrégatif » Cependant il y a une constante importante dans son orientation,  il s’agit en effet de partir d’abord -d’un point de vue révolutionnaire- de la souffrance et non pas des interrogations idéologiques sur la psychiatrie et la politique de santé mentale.

Là est éventuellement la critique à fournir ou plus exactement une réflexion de précaution à développer. Marx souligne dans le Capital l’importance des abstractions qui sont produites par le mode de production capitaliste et qui font fonctionner les mystifications. Ainsi  les « choses en soi » sont aisément considérées en dehors de leur mouvement historique.

Bonnafé le souligne dans sa critique du mouvement anti-psychiatrique des années 1970 pour lequel « la psychiatrie est fatalement, nécessairement, par essence ou par définition complice des pressions aliénantes. Au contraire cette anti-psychiatrie nourrie d’idéologie fixiste bloque la libération des potentiels de psychiatrie différente contenus dans le système encore massivement asservi. » Bonnafé y voit le signe du piétinement de la critique à l’intérieur du système des concepts abstraits, éternitaires et fixistes.

Nous retrouvons l’axe de travail que nous poursuivons à l’APPS sur les fonctions tutélaires, aliénantes et invalidantes de la transcendance ( le principe pré-établi qui commande ) et de l’idéologie ( que nous étendons au monde des idées )

Nous avons comme axe de travail la proposition : « Il n’y a pas de maladie mentale mais une question sociale qui se transfère dans le mental. » Cela facilite l’abord de l’outil Marx dans l’élaboration de l’analyse concrète des situations concrètes à faire avec la personne qui entre toujours dans ce champ de la souffrance en fonction d’un aspect relationnel et donc toujours social. 

 

Se servir de l’outil Marx nous le faisons à l’APPS depuis le fondement de notre association il y a 8 ans. Nous nous sommes connectés à l’outil Marx. Qu’est ce que cela signifie dans la pratique ? Il s’agit d’extraire dans l’oeuvre pratique de Marx ce qui peut être utile à notre pratique transférentielle et son insu. Et cela foisonne à commencer par  le terme de Wertübertragung, transfert de valeur , que nous avons extrait du Capital et qui offre quelque chose de plus précis que le simple Übertragung freudien. Ce transfert de valeurs est venu définir peu à peu ce que nous avions appelé transfert social. Il s’agit donc de prendre comme base les rapports sociaux de production dans laquelle la personne est prise et il convient de mettre en avant le terme de rapport de valeur, ce qui exclue pour moi le terme de sujet ou de subjectivation. 

C’est grâce à cette magie transférentielle si bien décrite dans le Capital que se produit la mystification, la mystification du fétiche et son secret. La boussole pour se repérer et travailler est claire : faire l’analyse concrète de la situation concrète ainsi que l’indique Lénine. Le transfert, c’est du réel, et sa base est le rapport social. La base transférentielle est donc dans le concret, celle de la ségrégation sociale sous toutes ses formes. Cela a pour conséquence de mettre en oeuvre des transferts qui séparent et font fixation dans la façon de jouir, de vivre. C’est ainsi que se manifestent les discriminations racistes et / ou de genre par exemple. L’ordre créé par les rapports sociaux n’est pas un ordre naturel mais relève de l’ordre du meurtre, de la responsabilité sociale de la mort ou de sa menace. C’est dans cet ordre social que fonctionne le transfert de valeurs, ses transformations et son analyse dialectique. C’est à partir de là que les actions transférentielles, les manoeuvres de transfert, peuvent se mettre en place avec la personne elle-même.

Une personne porte des formes valeurs à son insu qui fonctionnent dans des rapports sociaux aussi bien individuels que collectifs. il s’agit de faire un travail sur la forme valeur mot, la forme valeur image et la forme valeur corps et leurs connexions. Ces connexions sont prises dans un jeu transférentiel fait d’attractions et de répulsions. Elle aboutissent à un ordre qui peut à la fois fixer et faire mouvement dans le rapport à la privation. Une forme valeur mot peut faire puissance, de même une forme valeur image, ou une forme valeur corps peuvent faire puissance, c’est-à-dire puissance de faire, possibilité réelle de faire.  Ce jeu de formes valeurs consiste en un jeu de valeurs et donc en un ordre de puissances transférentielles. Ces puissance transférentielles ont le rôle de faciliter des possibilités de faire création dans la vie mais elles rentrent toujours dans des rapports de subordination et de domination : domination d’une puissance de forme valeur mot sur une autre forme valeur mot, domination d’une puissance de forme valeur image sur une autre forme valeur  image,  domination d’une  puissance de forme valeur corps sur une autre forme valeur  corps.   Ces transferts de puissance MIC (Mot Image Corps) qui poussent et forcent éventuellement sont donc à l’oeuvre dans les discours qui sont aussi du corps et de l’image. Voici l’insu des formulations des questions et cet insu est radicalement différent de l’inconscient psychanalytique classique. Cela a son poids dans le travail des premiers entretiens. Outre cet axe sur la formulation des formes-valeurs,  les autres points principaux - les primats - qui orientent de façon décisive sont : le primat de la pratique, le primat de la production, le primat du rapport social, le primat des contradictions et de sa dialectique.En parlant dialectique, il est remarquable que c’est après avoir évoqué la dialectique hégelienne que  Marx  relie le renversement qu’il produit à cet égard avec le transfert, en 1873 dans sa postface à la deuxième édition allemande du Capital : «  Pour Hegel, le mouvement de la pensée qu’il personnifie sous le nom de l’idée, est le démiurge de la réalité, laquelle n’est que la forme phénoménale de l’idée. Pour moi, au contraire, le mouvement de la pensée n’est que la transposition et la traduction du mouvement réel dans la tête des hommes. » L’orientation est claire : contre la transcendance hégélienne et le démiurge, Marx propose le transfert, transposition et traduction, du mouvement réel dans le mental. Il sera important dans notre orientation de mettre en lumière les connexions dynamiques des pensées prises dans des contradictions pour rompre avec tout concept d’entité du mental. C’est aussi à partir de là que l’analyse concrète des situations transférentielles concrètes, et leurs conditions concrètes, va trouver toute sa pertinence pratique. C’est à cet endroit du Capital que se trouve notre base théorique fondamentale et la suite du texte en montre l’enjeu pratique : méthode et système sont confondus chez Hegel. Il s’agit donc de percevoir la mystification qui en découle et cela concerne tout être humain qui vient parler de sa vie puisque l’enjeu pratique est ce travail sur sa fabrique de la mystification et des fétiches qui règnent sur sa vie, en partie à son insu. Ce transfert dans le mental ainsi explicité est riche d’avenir.

Et c’est là où cet apport peut se mettre en connexion avec le processus intercesseur. La question du transfert de formes valeurs peut aisément devenir une question populaire, le prolétariat et la classe ouvrière peuvent l’utiliser. 

Dans un autre registre la perspective initiée par Marx  avec cette phrase "Pour moi, au contraire, le mouvement de la pensée n’est que la transposition et la traduction du mouvement réel dans la tête des hommes"révolutionne la dialectique hégélienne permettant de sortir d'une dialectique de la réconciliation religieuse. Le réel est ainsi saisi dans le flux du mouvement des contradictions.

Quittant le monde du primat des idées, quittant le monde des représentations  nous rentrons dans le monde réel des rapports, des rapports sociaux, et des rapports de valeurs et de l’inconscient du faire. 

C’est ainsi que dans le texte de Maico Costa « pour une praxis des urgences hospitalières, nous considérons au moins trois plans d'intercession-analyse-recherche logiquement imbriqués : 1) écouter le sujet d'inconscient en traitement ; 2) travailler pour que les personnes fassent leurs propres réseaux sur le Territoire, en continuité avec l'expérience subjective du traitement à l'hôpital ; 3) agir aux côtés des équipes et du collectif de travailleurs, dans le but d'intentionner la division sociale du travail qui transforme l'établissement hospitalier en un modèle industriel d'accueil de la population. » nous préconisons l’inconscient qui prend en compte le rapport de forme-valeur, l’inconscient du faire et insistons sur l’implication des travailleurs dans le transfert de valeur pour traiter l’aliénation psychologique et sociale, psycho-sociale. En effet si nous lisons Le Capital de Marx comme un livre qui analyse la civilisation capitaliste nous pouvons remarquer qu’il décrit cette civilisation comme un fonctionnement de rapports concrets de valeurs concrètes et les travailleurs, le prolétariat connaissent bien ce langage si bien que le transfert de valeurs leur parle dans leur histoire collective et individuelle. Cet outil peut permettre de donner au processus intercesseur toute sa portée révolutionnaire en transformant les questions de la santé mentale en questions populaires.  C’est après en avoir fait l’analyse pratique et devenir conscients qu’ils sont agents, effets et produits des rapports sociaux de production dans leur vie mentale comme dans leur vie sociale que les travailleurs de la classe ouvrière, du prolétariat pourront « par le pouvoir d’un mot, recommencer leur vie, nés pour te connaître, pour te nommer, Liberté » ainsi que le poème de Paul Eluard édité dans « Poésie et vérité » le clamait en 1942 face à la barbarie nazi. 

 

Docteur Hervé HUBERT

Le 24 septembre 2021 

ARGUMENT  pour la soutenance de thèse de PSYCHOLOGIE DE  Maico COSTA «  La clinique de l’urgence et les entretiens préliminaires », le 24 septembre 2021
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